Non Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon n’est pas un problème !

D’après le journal Les Echos, Arnaud Montebourg aurait déclaré « Mon problème, c’est Mélenchon ». Il parlait de sa propre candidature à la présidentielle de 2017. Arnaud Montebourg a-t-il tiré cette conclusion du sondage IFOP publié par Paris Match fin août, qui donnait Jean-Luc Mélenchon devant lui au premier tour de la présidentielle ? Ce serait bien dommage.

Car malgré son caractère inamical, cette phrase de Montebourg peut-être interprétée positivement. Elle prouve qu’Arnaud Montebourg se définit désormais comme appartenant au même espace politique que Jean-Luc Mélenchon : celui de l’alternative à François Hollande et au PS. Il faut savoir mesurer le chemin parcouru par celui qui avait soutenu l’actuel président entre les deux tours de la primaire PS de 2011.

Pourquoi, dès lors, voir en Jean-Luc Mélenchon « un problème » alors qu’à l’évidence Arnaud Montebourg partage bon nombre de ses diagnostics et solutions ? On devine que ce n’est pas une question d’égo. Ce serait ridicule. Est-ce un « problème » de fond ? Mais alors à quel sujet ? Certes, Arnaud Montebourg n’est pas aussi avancé sur les questions écologiques que Jean-Luc Mélenchon, comme en témoigne son soutien répété aux gaz de schiste et au  nucléaire.

Mais si Arnaud Montebourg cherche à incarner une alternative à la politique actuelle, comment y arriverait-il sans faire la synthèse entre l’aspiration démocratique à la 6e République, l’aspiration sociale au partage des richesses, l’aspiration écologique à la lutte contre le changement climatique, l’aspiration à la souveraineté populaire face à l’Union européenne et l’aspiration à une France indépendante et altermondialiste pour faire avancer la paix et la coopération dans le monde ? Aucune de ces aspirations ne doit être oubliée pour rassembler le plus largement le peuple. Elles sont comme les cinq doigts de la main, toutes nécessaires pour reprendre la marche vers le progrès humain. C’est la grande leçon de la campagne du Front de Gauche en 2012.

À nos yeux, Arnaud Montebourg n’est pas un « problème ». Nous partageons la même critique de la 5e République, de sa monarchie présidentielle et de ses affairistes. Sa prise de position pour la démondialisation en 2011 a ouvert les yeux et les oreilles de beaucoup et rejoint la proposition de Jean-Luc Mélenchon d’un « protectionnisme solidaire ». Nous l’avons appuyé pour proposer la nationalisation de Florange. Nous avons espéré qu’il parviendrait à empêcher l’abandon d’Alstom au profit de General Electric. Il aurait toute sa place dans la construction du « plan B » face à l’austérité en Europe tant nos critiques convergent. Il a d’ailleurs lui aussi subi les critiques des bien-pensants pour avoir accusé Angela Merkel de mener « une politique à la Bismarck ».

Arnaud Montebourg n’est pas un « problème », puisqu’il dénonce aujourd’hui la politique enclenchée lorsqu’il était lui-même ministre. On aurait préféré le voir démissionner plus tôt, par exemple lors de la ratification du traité budgétaire ou de la mise en place du crédit d’impôt compétitivité. Mais l’heure n’est plus à ergoter dès lors que sa critique de la politique de François Hollande est désormais globale.

Comme Cécile Duflot, si elle le souhaite toujours, il est le bienvenu dans le camp de ceux qui veulent changer la vie. Mais pour cela il ne faut pas y importer le sectarisme et les exclusives personnelles apprises ailleurs.

Aucune des personnalités de l’autre gauche n’est un problème pour ce que nous avons à faire. Et certainement pas celui qui a été capable de rassembler 4 millions de Français en 2012, et de tenir depuis avec constance la ligne de la construction d’une alternative sans complexe et sans casserole. Car l’enjeu n’est pas d’additionner des noms ni des logos. C’est de mettre en mouvement les millions de gens qui en ont assez de cette politique et qui veulent retrouver le goût du futur. De ce point de vue, la place de Jean-Luc Mélenchon est évidemment non pas du côté du « problème » mais bien de la solution.

Tribune publiée dans Marianne

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